KEROMAN - U-boat Lorient

Keroman, le souvenir encombrant

Janvier 1941 : la construction de la base de sous-marins commence

En 1999, les Lorientais sont divisés sur le sort qu’il faut réserver à la base de sous-marins. Certains veulent la détruire. D’autres estiment qu’il faut la préserver comme témoignage de la folie des hommes. Une folie qui se coule dans le béton, à partir de janvier 1941.

L’amiral Karl Dönitz a choisi Lorient pour y installer son quartier général et ses sous-marins. Pour faire face aux raids aériens alliés, il demande à l’ingénieur Fritz Todt de lui construire des alvéoles indestructibles. En novembre 1940, Todt est à Lorient. Dès janvier 1941, les travaux commencent. Une vingtaine d’hectares ont été réquisitionnées sur la presqu’île de Keroman. Le bloc Keroman 1, ou K 1, est construit en sept mois. C’est un carré de 120 mètres de côté, équipé d’un slipway qui dessert cinq alvéoles protégées par un toit en béton armé de 3,5 m d’épaisseur.

Un second bloc, dit K 2, légèrement plus grand, est mis en chantier. Il mesure 138 m de long, abrite sept alvéoles et porte une dalle de béton de 7 m d’épaisseur. Une caserne pour mille hommes y est installée, avec salle de spectacles, cantine, infirmerie, bibliothèque et centrale électrique. Les circuits d’eau douce et salée, de gazole, d’air comprimé et d’électricité qui alimentent les deux blocs transitent par un souterrain bétonné.

Le K 2 entre en service en décembre 1941. Les travaux du K 3 ont déjà démarré. Ce bloc comprend deux bassins de radoub et cinq bassins à flot qui ouvrent sur le Ter. Il est achevé en janvier 1943. Quant au K 4, il ne verra jamais le jour…

Lorient en 1943

La base de Keroman fut un gigantesque chantier. 15 000 hommes y travaillèrent. Plus d’un million de m3 de béton fut coulé. On établit une ligne de chemin de fer pour acheminer le sable nécessaire, depuis Le Pouldu en Guidel et depuis Étel.

Aujourd’hui désaffectés, les bunkers géants de Keroman restent la plus imposante forteresse militaire construite par les nazis hors d’Allemagne. C’était tout sauf du provisoire. Comme Hitler, Dönitz pensait que l’Angleterre serait mise à genoux et que le Reich devrait affronter directement les États-Unis. La guerre serait longue : les sous-marins traverseraient l’Atlantique pour attaquer les Américains chez eux.

Sur le Scorff, dans l’enceinte même de l’arsenal, Dönitz fait construire une petite base à partir de mars 1941. Cette base ne compte que deux alvéoles ; elle est achevée en septembre. Elle se révèle peu pratique en raison de l’envasement chronique du secteur.

Dès la Libération, la Marine nationale récupère les installations de Keroman. La « BSM » fonctionne jusqu’en 1997. La base joue un rôle complexe dans la mémoire lorientaise. C’est à cause d’elle que la ville a été détruite. Elle a aussi été le lieu de travail de centaines de personnes pendant un demi-siècle. Son architecture colossale et grise repousse et attire à la fois. Le débat sur l’avenir est loin d’être clos. Une chose est sûre : il ne peut se limiter à l’échelon local.